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Jardin en lasagne : la nature en modèle

Patricia Lanza

Du moment où j’ai voulu un jardin à mon auberge de campagne, située dans les montagnes Catskill dans l’État de New York, j’ai compris que ce ne serait pas facile. Le sol, composé d’argile et de roche, me l’a clairement montré en faisant rebondir ma pelle lorsque j’ai tenté de le creuser. Même une pioche-hache ne s’est enfoncée que de quelques pouces. Nous avons utilisé un rotoculteur et avons été consternés de le voir frapper une roche et bondir hors du sol. Tout cela était décourageant et nous n’avons rien fait pendant quelques années.

Par un beau jour de printemps, alors que je marchais dans les bois avoisinants l’auberge, j’ai découvert le fonctionnement de la Nature. J’ai vu comment les couches de feuilles et d’autres résidus végétaux tombent au sol et se décomposent, et comment ce compost naturel se transforme en une terre riche qui reçoit des graines et les fait germer et devenir des arbres et des fleurs sauvages. Je me suis dit « Mère Nature n’a pas de rotoculteur ».

Ce fut une révélation. J’ai transposé ce que j’avais vu en une méthode d’étages qui permettrait de créer une bonne terre fertile autour de l’auberge. Après tout, si Mère Nature pouvait faire tomber des feuilles, des branches et même des arbres entiers puis simplement déposer des graines dans l’humus naturel formé par leur décomposition, je pouvais faire mieux et plus vite! En rentrant à l’auberge, j’ai réfléchi au nombre d’ingrédients naturels à ma disposition. Les résidus de tonte de nos pelouses, qui couvraient près de trois hectares de terrain et que nous laissions au sol, pourraient être utilisés. Les feuilles de l’église méthodiste, habituellement ensachées et envoyées au dépotoir, pourraient être apportées et utilisées dans le jardin. Les déchets végétaux de la cuisine de l’auberge pourraient servir une fois décomposés. Et, en passant devant l’écurie de mon voisin, j’ai jeté à Kate, son cheval, un regard qui signifiait « Ma fille, tu seras responsable des couches qui feront vraiment pousser le jardin ».

Il me tardait de vérifier ma théorie. J’ai immédiatement utilisé la tondeuse à gazon pour ramasser et ensacher les résidus de tonte des terrains. J’ai répandu une douzaine de pouces d’herbe sèche sur une section du jardin puis j’ai recouvert le tout de fumier. Les feuilles ensachées ramassées à l’église l’automne précédent étaient encore au dépotoir et je m’y suis rendue le lendemain. Je les ai rapportées et répandues sur mon jardin. À ce moment-là, j’avais recouvert le sol de plusieurs étages de résidus de tonte, de près d’un mètre de feuilles et d’un épandeur rempli de fumier de cheval.

Quand le centre de jardin local a mis en vente les substances d’amendement du sol, j’ai rempli l’arrière de mon camion avec tout ce qui pouvait y entrer et, sac après sac, j’ai tout répandu au jardin pour lui donner un air propre. Après tout, il s’agissait d’une auberge publique et les invités se baladaient sur ces terrains; la couche de fumier ne devait pas être exposée.

Creusant les étages, j’ai planté des graines et des plantes. J’écartais les étages, plaçais de petites plantes dans la masse, raffermissais le dessus, plantais des graines et recouvrais le tout d’un peu de mousse de tourbe.

Tout a poussé, même les graines de mauvaises herbes, dans tout ce fumier de cheval… Avant que je n’aie pu les contrôler, les mauvaises herbes recouvraient tous les espaces plantés et avaient atteint une taille alarmante. Comment aurait-il pu en être autrement? Elles poussaient dans des amendements du sol riches et organiques et elles avaient peu de compétition des petites plantes et graines de légumes que j’avais plantées.

Au tout début de l’été cette année-là, j’avais un spectaculaire champ de mauvaises herbes et il était, à toutes fins pratiques, inimaginable de songer à en gagner le contrôle. Je restais en périphérie de mon jardin et j’essayais de voir si une des plantes que j’avais repiquées avait pu survivre et si les graines avaient germé. Un jour, après des semaines à regarder mon jardin de mauvaises herbes croître comme sous l’effet de stéroïdes, j’ai vu quelque chose de rouge. En regardant mieux, j’ai vu du jaune et là, dans la profusion de mauvaises herbes, j’ai cru voir une feuille de basilic.

C’était suffisant pour que je m’aventure dans le jardin. J’ai écarté les mauvaises herbes et pénétré dans le fiasco que j’avais créé. Ce que j’avais vu depuis la périphérie était une petite tomate rouge, une minuscule fleur de courge jaune et oui, des feuilles de basilic.

Je me suis mise à sarcler les mauvaises herbes près des légumes et des herbes. Les mauvaises herbes s’enlevaient facilement des amendements meubles et j’étais impressionnée de voir ce qui avait survécu au milieu de ce que je ne croyais être qu’une étendue de mauvaises herbes.

À mesure que je découvrais herbes et légumes, je remplissais un panier. J’en ai jeté bien plus que je n’en ai sauvé mais c’était un miracle que quelque chose ait réussi à porter fruit. En travaillant dans mon jardin de mauvaises herbes, j’ai compris que ma plus grande erreur avait été de ne pas songer qu’elles pourraient pousser et de n’avoir pas prévu une barrière pour les contrer.

Mais que pourrais-je utiliser à l’exception d’une barrière noire en plastique ou d’un tissu contre les mauvaises herbes? Je détestais profondément les deux et voulais pouvoir modifier l’apparence de mon jardin sans être confrontée à la rigidité de ces produits artificiels. À cette époque, je me préparais pour un voyage qui me ferait m’absenter pour plusieurs semaines. J’ai transporté sur le bord de la route mes déchets et matières recyclables. Les lourdes piles de journaux était attachées et placées sur le gazon près des poubelles. À mon retour de voyage, les piles de journaux étaient encore là où je les avais laissées. Il avait plu et les journaux étaient mouillés. Sachant qu’ils n’étaient plus recyclables, j’ai sorti des sacs de déchets pour les y placer. J’ai soulevé une pile et, au premier regard, j’ai déploré la mort du gazon sous les journaux.

J’ai regardé d’un peu plus près et j’ai vu des vers de terre qui rampaient dans la terre meuble. Je me suis penchée et j’ai pris une pleine poignée de terre. Je ne suis pas un génie mais il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que les journaux étaient ce dont j’avais besoin pour créer une barrière contre les mauvaises herbes dans mon jardin à étages. Les piles de journaux avaient fourni l’environnement parfait aux vers de terre et avaient bloqué la lumière, tuant le gazon et les mauvaises herbes.

J’ai transporté au jardin toutes les piles de journaux et, après avoir retiré les ficelles, j’ai étendu des cahiers entiers sur les mauvaises herbes. En me reculant pour juger du résultat, j’ai compris que je devais couvrir les journaux pour qu’ils restent en place et les empêcher d’avoir l’air… de journaux. C’est ce que j’ai fait avec un tas de feuilles broyées et de résidus de tonte. Quant j’ai eu fini de recouvrir les mauvaises herbes de journaux et de recouvrir les journaux de gazon et de feuilles hachées, mon jardin semblait propre et sans mauvaises herbes. J’avais l’impression d’avoir développé une nouvelle méthode de jardinage.

La méthode n’était pas nouvelle; elle était seulement nouvelle pour moi mais je ne le savais pas encore à l’époque. J’ai commencé à songer à développer davantage l’idée. J’ai imaginé un jardin sur un terrain de niveau qui commencerait par des étages de journaux mouillés. Cette parcelle de terrain, d’argile et de roches compactées, avait servi de stationnement pendant des années.

Je prévoyais couvrir les journaux d’étages de mousse de tourbe, de résidus de tonte, de feuilles broyées, de compost et de fumier. Je couvrirais ensuite le fumier avec suffisamment d’étages de matières organiques pour empêcher les graines de mauvaises herbes de germer.

C’était un très grand projet et j’ai demandé l’aide d’un arpenteur pour m’aider à faire des lignes droites. Nous avons mesuré, enfoncé de grands clous de garde aux coins et y avons attaché des cordes pour servir de guide. J’ai attaché aux coins du ruban d’arpenteur brillant pour éviter que les marcheurs trébuchent dans les cordes.

Dès que nous avons eu terminé de mesurer, j’ai commencé mon premier gros jardin à étages. Les espaces destinés à devenir des sentiers étaient couverts de carton puis de paillis d’écorce. Les espaces de jardin étaient couverts de journaux mouillés se chevauchant puis d’étages d’amendements de jardin organiques : mousse de tourbe, résidus de tonte, mousse de tourbe, feuilles broyées, mousse de tourbe, fumier, mousse de tourbe, compost, mousse de tourbe et encore des résidus de tonte. J’ai répété les étages jusqu’à atteindre environ 90 centimètres de matières.

Quand j’ai eu terminé de placer tous les étages, il neigeait. Après avoir saupoudré des cendres de bois sur le dessus (ça semblait normal de saupoudrer quelque chose comme du fromage râpé sur mon jardin en lasagne), je l’ai abandonné jusqu’au printemps.

Au printemps, j’ai découvert que les 90 centimètres de matières organiques avaient diminué à moins de 30 centimètres; sous les journaux toutefois, le sol était meuble pour un autre 8 centimètres et plein de vie et de vers de terre. J’ai écarté les étages qui restaient et planté mes herbes, posant les racines directement sur les journaux. Après avoir remis la matière autour des racines, j’ai attendu de les voir pousser.

Et comme elles ont poussé! C’était impressionnant de voir la vitesse à laquelle les plantes poussaient et leur état de santé. J’ai commencé à penser à créer d’autres jardins avec cette méthode simple mais je me suis dit que me procurer les ingrédients nécessaires pourrait soulever un problème. J’ai réfléchi à ce qui était à ma disposition et j’ai trouvé des endroits auxquels je n’avais pas songé auparavant.

Le besoin est vraiment la mère de l’invention. Alors que je cherchais des matières organiques pour mes nouveaux jardins, j’ai découvert des fermiers qui avaient du foin gâté à l’étable, des employés de laiteries aux prises avec des résidus, des émondeurs souhaitant se débarrasser de chargements de paillis, et des centres de jardin qui m’ont donné tous leurs sacs d’amendements de jardin fendus. Avec mon plus grand nombre de jardin, je me suis vite rendue régulièrement au dépotoir pour y prendre des journaux.

Je me demande toujours d’où viendra mon prochain jardin à étages et je ne manque aucune occasion de me lier à des jardiniers paysagistes qui me déposent des chargements de résidus de tonte frais tout l’été. Avec l’aide de mon compagnon, Dave, nous gérons les feuilles de plus de cent arbres, des chênes pour la plupart. Nous les soufflons des jardins à la voie d’accès pour autos puis nous passons dessus avec la faucheuse et nous vidons les sacs de feuilles broyées sur les jardins jusqu’à ce tous les espaces soient couverts. Au printemps, mes jardins sont recouverts de toutes les matières organiques que j’ai glanées chez-moi et chez mes voisins. Mes plantes sont blotties dans des couvertures de paillis organique qui, une fois décomposé, ajoutera de l’azote et du carbone à la terre.

En plantant et faisant des expériences, j’ai découvert que mon nouveau système de jardin me permettait de placer en étages de 15 à 20 centimètres d’amendements du sol et de planter directement, plutôt que d’attendre que le tout se décompose. Après avoir aménagé un jardin en étages, j’écarte ceux-ci et place les racines des plantes directement sur les journaux puis je replace le tout autour des racines et j’arrose. À mesure que les plantes croissent, j’ajoute des matières. En plaçant d’abord une couche épaisse de journaux mouillés, j’ai découvert que je ne fais pas qu’éviter qu’il y ait des mauvaises herbes mais que je réduis mon utilisation d’eau d’environ la moitié. Je peux obtenir des patates biologiques en mettant des pousses sur des journaux mouillés et en ajoutant des étages de matières organiques puis en remettant tout simplement d’autres étages de matières organiques par-dessus à mesure que les plantes poussent.

Mes sentiers sont aussi à étages. Je commence par ratisser la trajectoire du sentier, j’y pose ensuite du carton que je recouvre d’un lit de matières tel du paillis d’écorce. J’ai constaté qu’après quelques années, mes sentiers deviennent moelleux et pleins de vers de terre.

Les gens s’arrêtaient pour admirer mes premiers jardins et j’ai bientôt reçu la visite d’une dame d’un club de jardinage. Alors que je la guidais dans les jardins, elle m’a dit qu’elle souhaitait que tout son club puisse voir ce que je faisais. Lors de leur visite, une dame m’a demandé comment j’avais pu faire cela sans préparer la terre, soit sans creuser et labourer.

Elle refusait de comprendre ma ma manière de procéder et comment les étages de matières organiques pouvaient naturellement se décomposer. Il lui fallait une recette plus précise. Le crayon suspendu au-dessus de son bloc-notes, prête à noter chaque mot, elle me regardait pendant que je réfléchissais à quoi dire.

J’ai commencé à expliquer : « Mesdames, vous savez comment préparer une lasagne. Vous placez d’abord les pâtes, ensuite la sauce, puis encore des pâtes et un mélange de fromages et encore des pâtes et de la sauce. Quand je crée un nouveau jardin, je mets un étage de journaux sur le sol et je le recouvre d’une matière organique. Ça peut être de la mousse de tourbe parce que c’est brun et que, de loin, ça ressemble à un jardin fraîchement retourné. Je continue à placer des étages de feuilles, de gazon, de compost et de fumier jusqu’à ce qu’il y ait suffisamment d’étages pour que je puisse planter. C’est un “ jardin en lasagne ”. »

Par ce beau jour d’été, avec 75 femmes d’un club de jardinage assises à des tables à pique-nique dans le soleil de mi-journée, j’ai inventé le terme « jardin en lasagne ». Ce jour-là, j’ai aussi inventé ma vie. Jusque-là, j’avais été une aubergiste et une jardinière. À ce moment-là, je suis devenue une écrivaine à temps complet, une conférencière et une jardinière.

Au cours des quinze dernières années, j’ai voyagé aux États-Unis et au Canada pour parler de cette méthode de jardinage au nom intriguant. Lors de mes conférences, je vois des nouveaux jardiniers gagnés par l’espoir d’avoir un jardin tout en ayant une vie active. Je vois des vieux jardiniers rêver d’avoir encore un jardin malgré leurs douleurs aux genoux et au dos. Les jardiniers biologiques y voient quant à eux une façon de jardiner sans produits chimiques de même qu’une façon de garder toutes ces matières utiles loin des dépotoirs.

Si vous cherchez « jardin en lasagne » sur Google, vous serez surpris d’y trouver près d’un million de sites consacrés à cette méthode de jardinage. Certains témoignent de l’efficacité de la méthode alors que d’autres cherchent à comprendre ce que tout ça signifie. Certains n’ont pas interprété correctement la méthode et ne sont pas satisfaits des résultats. Mais le fait demeure que des millions de personnes en parlent.

Avec près d’un demi million de livres Lasagna Gardening vendus, il semble raisonnable de penser qu’un autre million de jardiniers ont été influencés par ce qu’ils ont lu et expérimenté. C’est ce que j’espère. Créer des jardins avec ma méthode du jardin en lasagne a été une expérience qui a changé ma vie. Il peut en être de même pour vous.

Patricia Lanza est l’auteure de la collection de livres Lasagna Gardening publiés aux éditions Rodale Press.
Les livres de Patricia Lanza :
How to Create Wonderful Gardens, Schmidtz Press, 1995
Lasagna Gardening; No Digging, No Tilling, No Weeding, No Kidding!, Rodale, 1998
Lasagna Gardening for Small Spaces, Rodale, 2002
Lasagna Gardening with Herbs, Rodale, 2004
Pour obtenir un livre dédicacé, contactez Patricia:
205 Lakeview Drive
Fairfield Glade (Tennessee) 38558
ou par courriel :

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